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LE JARDINIER ET LES FORMES
Les jardins poussent dans des constructions mentales, ou bien naissent dans les plis de tissus mystérieux, à travers les éclats de lumières. Rien ne sera gratuit dans la peinture d’Etienne-Henri LALEMAN, qui joue sur la diffraction de la lumière, sur la déstabilisation des apparences.
Ses peintures (sur toile ou papier) ont l’air de rendre la matière irréelle : pas seulement la matière du monde qu’elles évoquent, mais la matière dont elles sont faites. Fuites et séquences brèves, reflets imaginaires et cadres précis défraient le réel et révèlent les obscurs objets du désir : appréhender l’autre face des choses.
Pas simple : Laleman traverse ses images, mélange un peu tout, douce folie de l’homme qui écarte ce qui gêne sa tête quand elle se met à bouillir… Il tricotera des chemins éblouissants, encadrera des images mouvantes sans rime ni raison apparentes. L’œil pénètre la peinture, s’y perd et s’y retrouve sur un déport, sur un virage, voire un dérapage. C’est que Laleman prend tous les risques, y compris celui de capoter. Et pourtant, dans ces risques, dans ces trouvées vers des lumières éblouissantes, il trouve ses avancées.
Roger BALAVOINE
| LES CHEMINS SOLITAIRES
Etienne-Henri LALEMAN expose chez Laurent, rue de la Chaîne, quelques toiles et une belle suite de dessins, d’esquisses, d’aquarelles… Laleman est un abstrait rêveur et poète qui possède une technique élégante, voire raffinée. Pointilliste, Laleman aime à briser le carcan…. du cadre de l’intérieur. Il nous offre une série de paysages qui sont autant de carnets de croquis de ses voyages imaginaires : des annotations précises des lieux, des évidences et aussi une hantise : refuser la domination de l’évidence, du raisonnable.
Laleman part en guerre contre les cartésiens : il réclame le droit de butiner sur des sentiers que personne n’a fréquenté avant lui, mais où il fait bon le suivre. C’est un art tout à la fois intimiste, tendre, inquiet, versatile, parfois même agressif, comme pour mieux se défendre. C’est une peinture vive, fraîche, gaie aussi, qu’il faut découvrir chez Laurent.
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« L’ESSENTIEL EST INVISIBLE POUR LES YEUX »
Laleman pense probablement comme le renard du « Petit Prince » que l’essentiel est invisible pour les yeux. Sa peinture dépasse l’œil pas seulement parce qu’elle vient des profondeurs de sa pensée, mais aussi parce qu’elle retient l’œil, elle garde l’attention, elle force à voir au-delà. Au-dedans. On ira donc explorer la face cachée des peintures de Laleman, qui anime des rêves sur des mouvements ombreux, qui écarte les événements picturaux pour laisser voir un espace soudain libéré, ou un système géométrique déjà détourné avant d’être achevé.
Que Laleman échappe aux schémas habituels de la peinture actuelle ne fait aucun doute. Qu’il se soit donc tracé une voie rigoureuse (bien que belle) et folle – bien que raisonnée, ne souffrira pas, non plus, de contestation durable.
Ces actions successives qui occupent en même temps l’espace pour tenter de nier le temps peut évoquer une musique wagnérienne. D’une chiquenaude, l’instant d’après, sur un dessin péremptoire, Laleman enverra la musique au cirque et gambadera, futile et mutin, sur un fil invisible, mais porteur.
C’est un rêveur qui bâtit sur le roc. Prévoyant, le rêveur, et têtu. Il aime ancrer ses idées sur du solide, sur ce roc intérieur qui doit être sa manière de vivre. Sa peinture sera donc nette, décidée, et en même temps libérée de tout repère inutile, libre d’aller, de venir, de changer de ton, d’ouvrir des fenêtres et de fermer des évidences inutiles. S’il fait froid dehors, il fait chaud à l’intérieur d’une peinture de Laleman qui fore son chemin, tranquillement, silencieusement, mais prend d’année en année une importance réconfortante. Réconfortante pour nous aussi : on a besoin de peintres qui étonnent…
Roger BALAVOINE
| UN EXCELLENT NOUVEAU VENU CHEZ LAURENT
La galerie Laurent, rue de la Chaîne, s’est depuis longtemps fait une spécialité de défendre de jeunes peintres fougueux et originaux. Voici un nouveau venu, Etienne-Henri Laleman, qui ne dépare pas cette fine équipe. Laleman se situe au carrefour des grands courants contemporains, l’abstrait, le cubisme, le surréalisme : il rend d’ailleurs hommage à Le Corbusier avec une magnifique toile qui souligne sa parfaite maîtrise technique. Laleman prône un post cubisme à visage humain, un art qui puise ses références auprès des artistes tels que Jean Arp, dont il possède l’élégance des formes et l’intelligence de l’espace. Peintre attiré par le volume, Laleman pourrait signer des « environnements ». Il n’hésite pas non plus à manier le clin d’œil en reprenant des thèmes aussi célèbres que la partie d’échecs, qu’il traite avec beaucoup d’élégance et de raffinement. Coloriste dont la préférence va vers les demi-teintes et les gammes légères, Laleman utilise l’aquarelle pour ses esquisses et l’huile ou l’acrylique pour ses œuvres majeures. Il s’attache d’ailleurs à nous présenter sa ligne de travail en exposant les unes et les autres. On aimera d’ailleurs souvent davantage les esquisses plus efficaces, mieux affirmées que leur concrétisation « noble ». Cela dit, il est des toiles remarquables de Laleman qui dès aujourd’hui, placent ce peintre dans le groupe des jeunes artistes ayant quelque chose à dire à Rouen… et le disant haut et fort.
| VISION « 84 »
Après la découverte à la Galerie W et D Cordier, cette exposition à la Galerie Laurent consacre le talent d’Etienne-Henri LALEMAN avec une vision « 84 » d’une fort belle intention. Peinte ou collée, la matière est impressionnante d’élégance et de rythme, car elle réunit les élans les plus souples aux géométries les plus soutenues, dans un contexte chromatique alliant la subtilité et la puissance. Laleman s’engage à fond, se détache des tendances, des conventions et poursuit sa quête d’expressions et d’équilibres, aux alternances aussi audacieuses que séduisantes, aux vibrants effets qu’assure une construction solide et une recherche insistante, sans reniement de la personnalité. Car l’artiste ne se disperse jamais, en excluant la répétition ou la sclérose. Du tachisme lyrique , des rythmes inédits, des hardiesses nouvelles ne se dispersent pas entre eux, mais se confondent en un bel ensemble qui subjugue, et fait, non pas rêver, mais plutôt admettre une vision différentes, mystérieusement proche du réel et de la pensée.
| L’Appel du large
Devant un monotype ou une toile de Laleman, on ne put s’empêcher de rêver à des paysages. Non à des choses vues, épuisées, mais plutôt à des atmosphères dont la fraîcheur tonique nous a, un jour ou l’autre, poussé à une sensuelle dérive, à un moelleux vagabondage mental. Originaire du Havre, Laleman n’oublie jamais la tendresse qu’il garde pour ce port que Mac Orlan, mieux que quiconque, a su chanter avec justesse. On y ressent, dans chaque rue, l’appel incessant du Large. Les goélands, partout, vous cernent de leurs cris, la lumière fait jaillir des trouées jusque dans le gris, la rudesse même des choses se fait plus fraternelle qu’ailleurs. Comment, dès lors, ne pas comprendre que l’on puisse s’attacher à cette ville, s’en enticher comme d’une maîtresse !
Mais le lien avec la peinture ? me diront les plus impatients ! Précisément, ce lien tient à des choses plus impalpables encore que la grande lumière de l’estuaire. Il s’exprime par un désir permanent de départ, de vadrouille, de rencontre avec son semblable, fût-il venu du bout du monde ! Au point que l’étrangeté peut surgir au coin de la rue, sous la forme d’un paquebot ralliant le débarcadère ou à l’instigation d’une grue effectuant une simple manœuvre.
L’évasion est d’abord une affaire intérieure. Qui n’a jamais marché dans le grand port ne pourra tout à fait nous comprendre. Or, dans les œuvres de Laleman, un semblable mystère vous empoigne. Vous êtes dans un monde incertain, mi-aquatique, mi-aérien, dont la beauté sans fard à la vigueur des matins froids ou des automnes froissés par des mains d’enfants indociles. Tout le monde n’a pas un père de haute mer…
Rien n’a plus de saveur qu’une image qui vous submerge, vous fait entrer à pas feutrés dans la volupté des heures lentes, ductiles, débarrassées de toute lourdeur. Voilà pourquoi cette peinture opère en nous. Sa vertu principale est de permettre le voyage.
Luis PORQUET
| CET ŒIL CLAIR
Une liqueur bleue pâle ruisselle du fond de ses yeux.
LALEMAN pénètre le rêve à travers la matière. Son œil audacieux s’arrête, se fixe et soudain se plisse, se rétrécissant pour n’être plus qu’un trait maîtrisé. L’œil de LALEMAN ne rêvasse pas, il explore les espaces blancs, doucement, parfois douillet .Puis il revient brutalement à la surface où soudain il se perd. Pas complètement. Cet œil agile est l’accent de l’instant qu’il fige comme la virgule essentielle d’un visage Cet œil clair, tantôt tendre, tantôt arrogant, est une fine allusion au mystère de la vie. C est parce qu’il puise dans sa propre perception des choses que son regard est vrai. Il amorce dans la forme la profondeur de l’émotion. Sur la toile de vie, il accorde les lignes ou délie les courbes en un rythme d’ombres discrètes, en notes d’huile ou d’aquarelle. LALEMAN concilie les apparences du visible au monde souterrain.
Il filtre du vulgaire la beauté mais il ne se plie pas à la réalité, il l’a crée.
Françoise DELAUNAY
| PAPIERS DE SOIE
Cette forme tranquille, piquante de vermillon, traverse doucement une plage bleue…. Immobile mouvance.
Par petites touches, un noir profond arrive, un rose vif disparaît au profit d’une terre d’ombre, un bleu soudainement envahit tout au pinceau. Au crayon, la forme reprise sans fin s’accentue, se noue, les creux tournoient, approfondissent le contraste. La matière trait par trait s’enrichit, se densifie.
Etienne Henri LALEMAN poursuit ainsi sa poétique tentative d’organisation du magma essentiel.
Son œil clair se promène dans la vie et entre au cœur des choses. Très sûrement, très lentement, il pose implacablement un équilibre discret. Il organise l’inorganisé, il étire le temps, s’arrête. Pour qu’à petits pas la vérité arrive et s’impose avec la force des couleurs, la tendresse des formes.
Aurait-il vu nos pauvres secrets humains ? Les aurait-il traduit dans le manège lent de sa création ? Alors nos tourbillons et nos valses hésitations auraient-ils trouvé une image, une résonance plastique ?
LALEMAN commence par froisser des papiers de soie….mais aussi la vie, doucement. Méfions nous de cette apparente douceur, elle cache un très grand peintre qui nous emmène par le visuel, derrière l’œil. Il interpelle donc notre esprit, et par ses images abolit notre peur essentielle.
Simone LHERMITTE
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